Suaire et ADN

En 1968, l'authenticité du Suaire de Turin, censé avoir enveloppé le corps du Christ, a été mise en doute par sa datation médiévale au carbone 14. Depuis 1988, cette datation a été contestée, en particulier au Symposium de Rome en 1993. Néanmoins, l'incertitude persiste et, lors de l'ostension du Linceul en mai 1998, le Pape Jean-Paul II a préconisé la poursuite de la recherche scientifique.

Or, s'il pouvait être effectué, un test scientifique quasiment infaillible et actuellement banalisé permettrait de se prononcer sur l'authenticité du Linceul.

Il s'agit de la preuve par l'ADN, le support de l'hérédité présent dans le noyau de toute cellule, donc dans le sang.

De même que l'on compare deux empreintes digitales pour identifier une personne, de même compare-t-on deux empreintes génétiques, des fragments d'ADN, pour identifier une personne, ici le Crucifié du Linceul dont il faudrait confronter l'ADN avec celui du Christ. S'il s'agissait de la même personne le Linceul serait authentique. Mais comment se serait-on procuré les échantillons d'ADN ?

Il existe sur le Suaire des traces de sang - du groupe AB - dont le Professeur Jérôme Lejeune, maintenant décédé, avait initié l'analyse génétique. L'ADN du Crucifié du Linceul est donc disponible.

Quant à l'ADN du Christ, il devrait être recherché à Argenteuil, dans la basilique Saint-Denis où la tradition situe la Sainte Tunique, la tunique sans couture de Jésus portée jusqu’au calvaire. Bien moins étudiée que le Saint Suaire, elle a néanmoins subi une analyse chimique au niveau d'une des nombreuses tâches brunâtres qui la parsèment. Il s'agit de sang, on a même pu observer quelques globules rouges en immergeant pendant plusieurs jours un fragment de tissu dans du sérum physiologique. Le sang a imprégné l'étoffe au point de la rigidifier au niveau des taches, on disposerait donc amplement de la quantité nécessaire pour rechercher son ADN.

La disposition des taches de sang, décrite dans la brochure "La Sainte Tunique d'Argenteuil" à laquelle on s'est référé, est en faveur de l'authenticité de la relique. En effet son auteur, Hughes de Nanteuil, écrit : "il y en a sur tout le dos et plus spécialement sur l'épaule où il y a une plaque de 15 cm sur 15cm. Ceci se comprend facilement quand on pense qu'un condamné à la Croix devait se pencher en avant pour supporter la lourde charge qu'il tenait sur son épaule droite. Et l'on sait aussi que, sur le devant, la Sainte Tunique a beaucoup moins de taches."

L'épanchement de sang crée par le cisaillement de la Croix sur l'épaule et ses entailles lors des chutes n'est pas le seul à avoir imprégné la Tunique. En effet des hémorragies moindres avaient eu pour origine les multiples plaies creusées sur le torse du Christ par les plombs du fouet romain.

Si les ADN de la Sainte tunique et du Saint Suaire se révélaient identiques, le Crucifié du Linceul serait Jésus de Nazareth. Sinon l'authenticité des deux reliques serait mise en cause et il faudrait comparer l'ADN du Linceul à un échantillon plus fiable de celui du Christ. Mais la mise en évidence de ce troisième ADN risquerait d'être très laborieuse.

Saint Louis a fait construire la Sainte-Chapelle autour de reliques de la Passion : Sainte Croix, clous, couronne d'épines, dont subsistent des éléments. Des parties de la Croix ont été en contact avec le sang du Christ dont les traces sont peut-être encore récupérables entre les fibres du bois pour analyse. Ces reliques sont actuellement en la cathédrale Notre Dame de Paris.

Là encore, si l'ADN alors obtenu et celui du Linceul étaient identiques, Jésus de Nazareth et le Crucifié du Linceul seraient la même personne, le Saint Suaire serait donc authentique, il aurait enveloppé le corps du Christ.