Co-création mariale

Résumé

La personne de l'Immaculée Conception a co-créé le monde.

Seul Dieu peut créer, la Vierge n'a donc rien créé, mais elle a co-créé, car son Fiat a permis au Père de tirer du néant le monde en lui donnant vie par l'Incarnation du Fils. L'Immaculée a donc été conçue avant le monde. Elle le confirme dans le Livre des Proverbes (822,23) où Elle s'identifie à la Sagesse : « Le Seigneur m'a créée la première de ses œuvres, avant ses œuvres les plus anciennes. J'ai été établie depuis l'éternité ». Mais pourquoi l'incarnation aurait-elle créé le monde ?
De toute éternité, Dieu connaît en lui tous les mondes possibles ; ceux-ci sont à l'état virtuel, donc n'existent pas en eux-mêmes. Seul Dieu est réel, seul Dieu existe, mais il peut transmettre sa réalité, son existence, sa vie dit-il, au monde virtuel de son choix en s'y incorporant, en s'incarnant, avec l'accord de sa Mère conçue, à ce titre, « depuis l'éternité ».
Actuellement, l'Incarnation-Créatrice est occultée par l'Incarnation-Rédemptrice.


Co-création mariale

Marie co-rédemptrice ? La question suscite encore bien des études et, parfois, des controverses théologiques auxquelles une définition dogmatique mettrait fin.

En revanche, la question : «Marie est-elle co-créatrice?» ne semble guère d'actualité. Nous la prendrons néanmoins en considération et nous tenterons d'y répondre.

Dans les Litanies de la Sainte Vierge, l'invocation «Mère du Créateur» figure immédiatement avant celle de «Mère du Sauveur». Cette maternité divine, déjà retenue en faveur d'une co-rédemption mariale, pourrait également l'être en faveur d'une co-création mariale. Pour le moins essayera-t-on de le prouver en faisant appel à l'Épître de la Messe de l'Immaculée Conception, célébrée le 8 décembre.

 

Les Versets

Il s'agit d'un passage du Livre des Proverbes où la Sagesse, dans lequel l'Église reconnaît l'Immaculée Conception et décrit son antériorité à tous les éléments qui composent le monde; en voici trois versets significatifs : «Le Seigneur m'a créée la première de ses œuvres, avant ses œuvres les plus anciennes. J'ai été établie depuis l'éternité. Lorsqu'il posa les fondements de la terre, j'étais à l'œuvre auprès de Lui»(8-22,23 ... 30).

L'Immaculée Conception n'est pas là une figure symbolique, mais une personne, la personne de la Vierge Marie qui s'est ainsi nommée à Lourdes.

Des versets cités, il ressort que la personne de l'Immaculée Conception existait avant la création du monde, à laquelle elle a participé puisqu'elle était «à l'œuvre» avec le Seigneur lorsqu'il «posa les fondements de la terre».

L'expression «à l'œuvre» traduit d'un mot hébreu, rare selon la Bible de Jérusalem qui préfère le terme de «Maître d'œuvre», et dans la version de la Société Biblique Française on trouve la phrase : «pendant ce temps, je l'aidais comme un architecte»(30 ...). Il s'agit là d'une collaboration active, pour ainsi dire professionnelle. L'Immaculée Conception est donc bien, selon ce verset, co-créatrice de l'univers. Son rayonnement cosmique est poétiquement visualisé par Jean dans l'Apocalypse (12-1) : «Un grand signe apparut dans le ciel : une femme enveloppée du soleil comme d'un vêtement, qui avait la lune sous ses pieds et une couronne de douze étoiles sur la tête».

Qu'une Juive née sous l'Empire Romain ait pu, des milliards d'années auparavant, participer à la création de l'univers s'avère évidemment invraisemblable. Mais si cette Juive est Mère de Dieu, alors l'invraisemblable devient plausible.

Pour comprendre une aussi étrange activité antérieure, il faut se reporter avant l'origine de l'univers.

L'Immaculée Conception «créée la première» était donc déjà présente, mais elle n'avait ni corps, ni âme puisque ceux-ci furent créés bien plus tard, lors de sa conception dans le sein de sa mère où elle s'incarna en tant que personne, comme plus tard son Fils en elle, mais, limitée alors par son corps terrestre, sans doute n'eut-elle pas, jusqu'à son Assomption, conscience de l'activité antérieure de sa personne.

 

L'Incarnation Créatrice

La co-création de l'univers par la personne de l'Immaculée Conception devient évidente si l'on admet que l'acte créateur de l'univers qui assure sa création continue -on en exposera plus loin la logique- est l'Incarnation. Car l'Immaculée Conception, réceptacle consentant de l'Incarné a, pour cette raison, évidemment coopéré à l'Incarnation, donc à l'acte créateur.

Toutefois, cette coopération aurait pu commencer avec le Fiat, quelle nécessité y avait-il à ce que l'Immaculée Conception soit «établie depuis l'éternité» comme intermédiaire entre la décision de le créer et la création effective de l'univers ?

La décision de créer, donc d'incarner, a été prise de toute éternité par les trois Personnes divines. Car l'immutabilité divine, qui est de foi, exige qu'il n'y ait pas de changement en Dieu. Celui ci n'a pas d'abord voulu ne pas incarner et ensuite voulu incarner, il a toujours voulu l'Incarnation dont le réceptacle, l'Immaculée Conception, est donc conçu depuis l'éternité.

En effet, l'Incarnation n'est pas seulement une opération ponctuelle réalisée neuf mois avant la naissance de Jésus. Depuis la décision créatrice, depuis l'éternité jusqu'aux siècles des siècles, l'Incarnation se déploie dans l'univers dont elle assure la création permanente en lui donnant d'abord une vie naturelle en vue de sa réalisation puis, par son accomplissement, la vie éternelle.

Comment se représenter l'Immaculée Conception à l'origine quand elle n'avait ni corps ni âme ? Son être était alors sa personne. Et la personne de l'Immaculée était à ce titre, dotée de la grâce sanctifiante en sa plénitude. Les trois personnes divines résidaient donc et agissaient en elle et par elle pour conduire le monde à sa finalité : l'Incarnation c'est-à-dire la venue du Christ en lui, ce qui est scientifiquement plausible comme on va le voir.

Parmi l'infinité des mondes possibles, l'univers actuel serait le seul qui réunisse les conditions nécessaires à l'éclosion de la vie intelligente car, si ses constantes fondamentales avaient, si peu que ce soit, été différentes, l'homme n'aurait pas pu apparaître.

C'est pourquoi des cosmologistes ont développé le principe anthropique selon lequel l'évolution de l''univers aurait eu pour finalité la venue de l'homme. Les implications métaphysiques de cette conception ont suscité la méfiance des milieux scientifiques.

C'est pourtant ce principe qu'on retiendra maintenant, mais en le précisant.

De toute éternité, Dieu connaît en lui tous les mondes possibles, donc celui qui sera «réalisé»et ceux qui resteront à l'état virtuel.

L'acte créateur qui succède à la décision de créer, consiste à transmettre la réalité au monde virtuel prévu pour la recevoir. Mais, qu'est-ce que la réalité? C'est l'existence, or avant la création seul Dieu existe, son seul moyen de créer un des mondes possibles est donc de lui communiquer l'existence, en s'y incorporant, en s'incarnant. Toutefois ce raisonnement est-il théologiquement correct?

On remonte d'abord dans le temps. Au Xlll ème siècle des théologiens ont posé la question : le Fils se serait-il incarné si l'homme n'avait pas péché? St Thomas a dit oui, puis non. Duns Scot a dit oui en invoquant comme convenances la manifestation et la glorification de Dieu. Le Magistère catholique n'ayant pas tranché, la question est libre. On peut donc supposer que le Fils se serait incarné pour créer l'univers en lui communicant, par sa présence, la réalité, «la vie» dit-il. Actuellement, l'Incarnation-Créatrice est occultée par l'Incamation-Rédemptrice.

Objecter que le Fils ne peut être l'origine de l'univers, puisqu'il s'est incarné des milliards d'années après le début des temps, ne tient pas car l'univers est devenu réel en vue de sa venue, l'effet a précédé la cause. De façon un peu analogue sa mère, l'Immaculée Conception, a été préservée du péché originel en vue de la venue de Jésus en elle. Ici également l'effet a précédé la cause. On retrouve là, avec beaucoup plus de précision le mécanisme du principe anthropique : l'univers n'a pas évolué en vue de la venue de l'homme, mais d'un homme : le Christ.

 

Logique de l'Acte Créateur

Il n'y avait aucune obligation pour Dieu de réaliser l'Incarnation dont il connaissait en lui tous les déroulements possibles. Dieu a incarné librement par amour, en choisissant donc par amour la variante dans laquelle il créerait le plus de bienheureux, mais avec, en un dramatique échange, le plus de souffrances pour lui.

L'Incarnation c'est l'Amour librement crucifié. Certes, l'homme a, lui aussi, ses souffrances et doit, lui aussi, affronter la mort. Toutefois, comme l'affirme Paul, «toutes les souffrances du temps présent ne sont pas comparables à la gloire à venir qui doit être révélée en nous» (Romains 8-18). L'Enfer, lui-même, est préférable au non-être, et tous ses occupants l'auront librement préféré au Ciel.

Quelle est la logique de l'Acte créateur? Le processus de l'Incarnation créatrice est le même que celui de l'Incarnation-Rédemptrice : Le Fils est envoyé en mission par le Père, dont il procède. Mais pourquoi la mission créatrice est-elle possible ? Paul, dans son Épître aux Colossiens, ébauche une réponse intra-trinitaire en reliant le rôle créateur du Fils au fait qu'il est l'image du Père : «le Christ est l'image du Dieu invisible... c'est par lui que Dieu a tout créé» (1-15…,16…).

Puisque le Fils est l'image du Père, il doit pouvoir, comme le Père, être deux fois principe et avoir deux termes.

Mais ad intra, en la Trinité, le Fils n'est qu'une fois principe et n'a qu'un terme : le Saint- Esprit. C'est donc ad extra, en dehors de la Trinité, à partir de rien, du néant, que le Fils pourra être, à l'image du Père, une seconde fois principe et avoir un deuxième terme qui sera lui-même.

Car, pour être ad extra l'image du Père principe du Fils, le Fils doit être, lui aussi, principe du Fils, et donc principe et terme de lui-même ; le Père lui donnant la paternité. En ce sens, tout vient du Père dont le Fils reproduira l'image ; telle est sa mission créatrice ad extra. En tant que principe, le Fils crée l'univers invisible, en tant que terme, il crée l'univers visible dans lequel il s'incarnera.

 

Conclusion

Si, comme on l'a supposé, l'Incarnation a été l'acte créateur du monde, alors la Vierge Marie co-actrice de l'Incarnation est nécessairement co-créatrice du monde.

Malgré les versets explicites du Livre des Proverbes, la création de l'Immaculée Conception «depuis l'éternité» est une donnée difficile à admettre.

Quoi qu'il en soit, toujours dans l'hypothèse de l'Incarnation-Créatrice, même si l'existence de sa personne n'a pas précédé celle de son corps, la Vierge Marie n'en a pas moins co-créé le monde par son Fiat qui a permis l'Incarnation.