La grande énigme
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L'existence des anges, pourtant article de foi, est depuis longtemps contestée, même par des chrétiens. Cependant, l'évolution de la science permet maintenant d'émettre une hypothèse sur la façon dont ces esprits, en ce cas bien réels, agiraient sur la matière.
Le Quatrième Concile du Latran affirme : «Dieu a tout ensemble, dés le commencement du temps, tiré du néant la créature spirituelle et la corporelle, c'est-à- dire les anges et le monde terrestre, puis la créature humaine qui tient des deux parce qu'elle est composée de corps et d'esprit.»
Le Concile s'est essentiellement fondé sur le début de La Genèse : «Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre.» (Gn 1, 1), puis : «L'Eternel forma l'homme de la poussière de la terre.» (Gn 2, 7)
Le corps de l'homme n'a donc pas été tiré du néant par Dieu, mais de la terre créée avant lui et, à l'origine, «informe et vide.» (Gn 1, 2)
Alors, une hypothèse est plausible : les créatures spirituelles auraient, en tant que causes secondes, agi sur «la terre» primordiale, «informe et vide», pour la former, l'organiser, afin qu'elle puisse constituer le corps du premier homme puis, finalement, celui du Christ.
En effet, selon l'enseignement du Catéchisme de l'Eglise Catholique en son paragraphe 308 : «C'est une vérité inséparable de la foi en Dieu le Créateur : Dieu agit en tout agir de ses créatures. Il est la cause première qui opère dans et par les causes secondes.»
Ainsi, dans l'hypothèse proposée, Dieu aurait créé le corps d'Adam par l'intermédiaire de causes secondes : les anges. Par contre, l'âme d'Adam fut créée directement par Dieu «qui avait soufflé dans ses narines une respiration de vie, et l'homme fut fait en âme vivante.» (Gn 1, 27)
Mais les anges ont eu un rôle indirect dans la création de l'âme d'Adam, car celle-ci n'aurait pas pu exister sans la création simultanée du corps par leur intermédiaire.
Il en va de même pour la descendance du premier homme, c'est pourquoi «L'Eglise enseigne que chaque âme spirituelle est créée immédiatement par Dieu - elle n'est pas «produite» par les parents -» (Catéchisme de l'Eglise Catholique, § 366)
Par contre le corps des enfants est bien «produit» par la semence des parents, mais celle-ci a comme tout objet matériel, été formée par l'opération angélique, en ce cas invisible, et de ce fait, le plus souvent ignorée ou contestée.
Les modalités de l'action de «la créature spirituelle» sur «la créature corporelle» méritent donc examen.
Dans l'Ancien et le Nouveau Testament, les anges apparaissent sous des formes humaines ou celles mixtes de créatures étranges, il s'agit alors de métaphores d'interprétation difficile. Dans tous les cas, ils sont les ministres des volontés divines, c'est à cette fonction qu'ils doivent leur nom, angelos, qui signifie en grec : messager.
L'ange est un pur esprit, non uni à un corps. Lorsqu'il apparaît sous forme humaine, il s'agit d'une complète illusion, et la durée de sa mission peut même se prolonger, comme celle de l'archange Raphaël auprès du jeune Tobie, sans que sa nature angélique soit reconnue jusqu'à ce qu'il la révèle lui-même : «Quand vous pensiez me voir manger, je ne mangeais pas réellement, ce n'était qu'une apparence. Louez donc le Seigneur en ce monde, proclamez la grandeur de Dieu. Quant à moi, je retourne auprès de celui qui m'a envoyé...Là dessus, Raphaël retourna au ciel.» (Tob 12, 19-20)
Pourquoi, habituellement, l'homme ne voit-il pas l'ange ? Parce que la matière, et l'œil est matière, ne peut connaître que la matière. En revanche l'ange, créature spirituelle, a connaissance des autres esprits, donc de l'âme de l'homme. Et, à sa mort, l'homme, réduit à son âme immortelle, connaîtra à travers elle les autres esprits et donc les anges.
Pour, au delà de la notion de visible et d'invisible, connaître la différence de nature entre la créature spirituelle et la créature matérielle, il faut remonter au début de la création et s'interroger : dans l'hypothèse où Il créait, Dieu était-Il obligé de tirer du néant un univers spirituel et un univers matériel comme le relate la Genèse ? Dans l'affirmative, il ne pourrait s'agir que d'une contrainte trinitaire.
En effet le Fils, image du Père, doit nécessairement reproduire ce que fait le Père. Or le Père, principe du Fils et du Saint-Esprit est ainsi deux fois principe, alors que le Fils, principe du Saint-Esprit, n'est donc qu'une seule fois principe. Il s'agit là des opérations dites ad intra, en la Trinité. Comment le Fils peut-il être image du Père s'Il n'est pas une deuxième fois principe ?
Le Fils est bien une deuxième fois principe, mais ad extra, en ce qui concerne la création. Il l'est virtuellement, dans l'infinité des mondes possibles que Dieu connaît en soi et qui demeurent virtuels. Il l'est réellement dans le monde actuel que, de toute éternité, Il a librement choisi de créer, par son Incarnation, en lui transmettant ainsi Sa réalité : «La Vie» dit Jésus.
Pour être l'image parfaite du Père, le Fils doit donc, si invraisemblable que cela puisse paraître, être comme le Père : principe non seulement du Saint Esprit, mais aussi du Fils, c'est-à-dire de Lui-même. Il est donc, ad extra, en s'incarnant, principe et terme de Lui-même en tant qu'homme.
Le principe est, par définition, distinct du terme dont il est l'origine.
Le Fils a donc, ad extra, un composant-principe et un composant-terme distincts. Le premier est spirituel : c'est son âme invisible, le second est matériel : c'est son corps visible. A son image, il en va de même pour tout homme. L'union de l'âme et du corps constitue la nature humaine.
«Une personne en deux natures», ainsi le Concile de Constantinople a-t-il résumé, en 680, le mystère de l'Incarnation selon lequel la personne du Christ revêt à la fois la nature divine et la nature humaine.
Le Fils ne pourrait pas s'incarner dans un monde qui n'existerait pas, c'est pourquoi, en vue de sa venue, donc de l'Incarnation, Dieu créa un réceptacle pour le composant-principe du Fils et un réceptacle pour son composant-terme, c'est-à-dire le ciel et la terre de la Genèse nommés ensuite univers spirituel et univers matériel ou monde invisible et monde visible, et dont le Christ récapitule l'ensemble.
Chaque ange, en tant qu'élément du ciel est, lui aussi, réceptacle du Fils principe ad extra et doit, à ce titre, collaborer à l'Incarnation.
En effet, les deux réceptacles participent, en tant que tels, à l'Incarnation puisque sans eux elle ne pourrait se réaliser, il y faut donc leur accord. Alors, de même que le Fiat de Marie devait ouvrir l'univers visible au corps du Christ, de même le oui angélique devait, indirectement, en créant son corps, ouvrir l'univers invisible à l'âme du Christ. On reviendra sur ce point et aussi sur la façon dont l'ange participe à l'Incarnation en agençant la matière originelle à cet effet.
Il faut distinguer ici l'Incarnation active, ouvre des trois Personnes puisque toutes trois ont incarné, de l'Incarnation passive, ouvre du Fils seul puisque Lui seul a été incarné.
S. Paul a décrit ce double rôle du Fils créateur et créé : «Il est l'image du Dieu invisible, premier-né de toute créature car en Lui tout a été créé dans les cieux et sur la terre, les êtres visibles comme les invisibles.Tout a été créé par Lui et pour Lui, Il est avant toutes choses et toutes choses subsistent en Lui.» (Col 1, 15-16-17)
L'Ensemble Angélique
Sans être de foi, l'existence, postulée par Denys l'Aréopagite, de trois hiérarchies angéliques est très probable, de même que celle des neuf chœurs énumérés par la Bible.
Chaque hiérarchie comprendrait trois chœurs, dans la première : les Séraphins, les Chérubins, les Trônes ; dans la seconde : les Dominations, les Principautés, les Puissances ; dans la troisième : les Vertus, les Archanges -nom donné aussi à des Séraphins-et les Anges -également terme générique pour désigner toute créature purement spirituelle.
Seuls sont dénombrés les membres de la première hiérarchie : sept Séraphins, quatre Chérubins, vingt-quatre Trônes. Des autres anges, on sait seulement qu'ils sont extrêmement nombreux : S. Jean en voit des myriades de myriades (Ap 5, 11), Daniel en avait vu dix mille millions. (7, 10)
D'après S. Thomas d'Aquin, la première hiérarchie contemple les raisons des choses en Dieu même et Le reflète, c'est donc à travers elle qu'on a la plus fidèle image de Lui. Effectivement, lorsqu'ils apparaissent ensemble, les trois chœurs de la première hiérarchie constituent la théophanie décrite avec plus ou moins de détails par Ezéchiel (chapitres 1 et 10) et S. Jean (Ap chapitre 4).
Toutes ces précisions ne nous sont pas transmises sans motif par les Ecritures, et il est légitime de s'attacher à leur décryptage.
Les Séraphins constituent le premier chœur de la première hiérarchie, le plus proche de Dieu qu'ils contemplent. Pourquoi sept Séraphins, que voient-ils ?
Ils contemplent tous, simultanément, le Dieu trinitaire. Alors, sachant que tout sujet ne peut avoir ainsi qu'un objet à la fois, ne devrait-il pas y avoir, selon le mystère de la Sainte Trinité, quatre visions, celle du Dieu unique et celles de ses trois Personnes, assumées par seulement quatre Séraphins, et non sept ? On ne peut répondre sans faire appel à une notion intratrinitaire : la circumincession.
Ce dogme, révélé par Jésus : «Ne savez-vous pas que Je suis dans le Père et que le Père est en Moi ?» (Jn 14, 10), a été enseigné par le Concile de Florence : «A cause de l'unité de l'essence divine, le Père est tout entier dans le Fils, tout entier dans le Saint-Esprit ; le Fils tout entier dans le Père, tout entier dans le Saint-Esprit ; le Saint-Esprit tout entier dans le Père, tout entier dans le Fils.»
Il n'y a donc pas, pour le Séraphin, incompatibilité entre le fait que chacune des trois personnes soit Dieu et celui qu'il n'y ait qu'un seul Dieu puisque, chaque fois qu'il considère une personne, il sait que les deux autres, alors masquées, sont en elle, et donc qu'il est en présence du Dieu trinitaire. L'union des deux autres personnes constitue alors une relation intratrinitaire non-personnelle.
Il y a trois relations intratrinitaires non-personnelles, ainsi l'union du Père et du Fils -la spiration active d'où procède le Saint Esprit-mais aussi celle du Père et du Saint Esprit et celle du Fils et du Saint-Esprit.
Ces trois relations, distinctes des trois relations personnelles qui constituent chacune une seule personne, sont trois représentations supplémentaires de Dieu, leur contemplation doit donc être assurée par trois Séraphins supplémentaires, ce qui porte bien à sept le total des membres du premier chœur de la première hiérarchie.
Dans la Bible, les sept Séraphins sont visualisés de diverses façons : S. Jean parle des «sept yeux, qui sont les sept esprits de Dieu envoyés par toute la terre.» (Ap 5, 6) Pour Zacharie (4, 9), «ces sept sont les yeux de l'Eternel qui parcourent toute la terre.» Les Séraphins apparaissent également sous la forme de «sept lampes portées par sept chandeliers d'or.» ou de «sept lampes ardentes qui sont les sept esprits de Dieu.» (Zach 4, 2 ; Ap 4, 5)
Les «sept yeux» sont le regard de Dieu par le canal des sept Séraphins qui le contemplent, «les sept lampes ardentes» symbolisent les sept Séraphins reflétant Dieu.
La lumière qui brille sur la plus haute branche du chandelier est, de ce fait, la plus remarquable, le Séraphin qui la reflète est également le plus remarquable, celui qui contemple un seul Dieu en trois personnes : Lucifer jadis ?
Après le chœur des Séraphins, viennent dans l'ordre celui des Chérubins et celui des Trônes porteurs les uns et les autres de mystérieux symboles. Mais pourquoi quatre Chérubins et vingt-quatre Trônes ? Leur nombre est déterminé par l'image de Dieu qu'ils perçoivent et reflètent.
Comme à travers un vitrail, c'est à travers le premier chœur de la première hiérarchie que le second chœur voit Dieu et, de même, le troisième chœur voit Dieu à travers le second chœur.
Vu par les Chérubins, l'ensemble des Séraphins -écrit plus bas en caractères gras-récapitule quatre images divines : les trois personnes seules, avec leurs compléments, et un seul Dieu en trois personnes. Pour contempler et refléter ces quatre objets, il faut quatre sujets, ce sont les Chérubins.
La théologie recommande de ne pas introduire de composition mathématique en Dieu. Cependant la mathématique, sous sa forme la plus globale : la théorie des ensembles, n'est qu'un prolongement commode et efficace de l'expression orale ou écrite de la logique. Sous réserve d'en respecter fidèlement les données -parfois mathématiques-comme on le fait ici, le domaine du sacré ne lui est donc pas interdit.
Ainsi la relation entre le chœur des Chérubins et celui des Séraphins est plus facilement mise en évidence en l'exprimant sous forme mathématique et, tout d'abord, en désignant respectivement le Père, le Fils et le Saint Esprit par les chiffres 1, 2 et 3 .
Soit -chœur des 7 Séraphins : 1(32) 12(3) 2(13) 23(1) 3(21) 31(2) (123)
Soit -chœur des 4 Chérubins : ((1)(23)) ((2)(31)) ((3)(12)) ((1)(2)(3))
Commentaire. Les sept Séraphins sont symbolisés, sur la première ligne, par les caractères en gras. A côté de chacun des six premiers figure, entre parenthèses et en caractères maigres, son complément masqué avec lequel on voit qu'il reconstitue l'ensemble trinitaire.
La circumincession impose que les trois personnes ne soient jamais séparées puisque chacune est dans chacune des deux autres. On a utilisé les parenthèses pour bien signifier que leur contenu est masqué pour le Séraphin concerné, c'est-à-dire qu'il ne le voit pas, et il en va de même pour le Chérubin qui voit à travers lui.
Le septième Séraphin : (123) contemple l'image d'un seul Dieu en trois personnes. Mathématiquement, il faudrait lui adjoindre son complément : l'ensemble vide, Ø, qu'on cite pour mémoire, sans doute serait-il aventureux de voir en lui le ciel vide de son contenu angélique.
Ainsi présentés, les sept Séraphins sont les sous-ensembles d'un ensemble de trois éléments : {123}, qui apparaît dans la série -sous la forme (123) -parce que tout ensemble est sous-ensemble de lui-même.
Toutefois, il existe une différence essentielle entre le sous-ensemble (123) mis entre parenthèses et l'ensemble {123} mis entre accolades, celles-ci signifiant mathématiquement que l'ensemble n'est pas ordonné, autrement dit aucun de ses éléments ne se situe avant un autre, ils occupent donc tous la même place où ils siègent nécessairement chacun dans chacun des deux autres. Il y a donc circumincession.
L'ensemble {123}, siège de la circumincession des trois personnes, ne fait pas partie des sept sous-ensembles qui figurent les Séraphins, où faut-il le situer ?
Prés des Séraphins, Il apparaît dans des théophanies «comme un homme assis sur un trône .c'était une image de la gloire du Seigneur.» (Ez 1. 26, 28) S Jean a également vu «celui qui est assis sur le trône, celui qui vit pour toujours.» (Ap 4, 10) Il s'agit donc de l'image de l'Eternel que, devant le trône, contemplent les Séraphins, «les sept esprits de Dieu». (Ap 4, 5)
Sur la seconde ligne figurent les quatre Chérubins, ils contemplent Dieu à travers les Séraphins, mais ne perçoivent pas les éléments masqués. Leurs symboles sont quatre ensembles comprenant chacun les trois Personnes assemblées, du fait de la circumincession, de quatre façons différentes.
Le premier ensemble reflète l'union du Père avec les deux autres personnes, le second reflète l'union du Fils avec les deux autres personnes, le troisième reflète l'union du Saint Esprit avec les deux autres personnes, le quatrième reflète l'union des trois personnes en un seul Dieu.
Dans les théophanies bibliques, le trône central est le siège d'étranges événements -il en sort : «des voix, des éclairs, des tonnerres» (Ap 4, 5)-dans lesquels les Chérubins, les animaux d'Ezéchiel sans cesse en mouvement, pourraient avoir une part de responsabilité.
Puisque les quatre Chérubins reflètent chacun Dieu, ils peuvent tous occuper le trône, mais ne peuvent évidemment le faire que successivement : tandis que l'un siège sur le trône, les trois autres l'entourent. Et en effet, S. Jean a vu : «au milieu du trône et autour du trône quatre êtres vivants.» (Ap 4, 6)
En échangeant ainsi leurs places, les quatre «êtres vivants», les Chérubins, permutent en permanence et occupent ainsi, tour à tour, vingt-quatre positions, car le nombre de permutations de quatre éléments est de 4 x 3 x 2 x 1 = 24.
C'est à travers les Chérubins, occupant l'un après l'autre ces vingt-quatre positions, que les membres du troisième chœur, donc au nombre de vingt-quatre, les Trônes, contemplent Dieu.
Chérubins et Trônes, singulières figures bibliques, souvent associées, sont détaillés par Ezéchiel et S. Jean qui décrit ainsi les Chérubins : «le premier ressemblait à un lion, le deuxième ressemblait à un jeune taureau, le troisième avait la face d'un homme, et le quatrième était semblable à un aigle qui vole.» (Ap 4, 7) Ezéchiel (1, 10 ;10, 14) s'exprime dans des termes similaires, mais pourquoi attribue-t-il à chaque Chérubin, les quatre figures ?
Et d'abord, que penser de ces êtres étranges.Il ne s'agit évidemment pas des quatre Evangélistes, qu'on cite pour mémoire, mais de symboles pour désigner les quatre images divines décrites plus haut. Il n'est pas indispensable, ce serait hasardeux et inutile puisqu'on connaît leur signification globale, de rechercher à laquelle correspond chaque animal, et il y a plus simple.
En effet, Ezéchiel fait état d'animaux à quatre faces. On représentera donc schématiquement chaque Chérubins par un objet à quatre faces égales : un tétraèdre régulier, dont chaque face reflétera une des quatre images divines précitées que, pour plus de clarté, on décrit à nouveau : la première symbolise l'union du Père avec les deux autres personnes, la seconde symbolise l'union du Fils avec les deux autres personnes, la troisième symbolise l'union du Saint Esprit avec les deux autres personnes, la quatrième symbolise un seul Dieu en trois personnes.
On l'a vu, pour S. Jean, chaque Chérubin n'a qu'une face : celle d'un lion, d'un taureau, d'un homme ou d'un aigle. Donc, dans le modèle proposé ici, chaque Chérubin de S. Jean correspond à une des quatre faces du tétraèdre. Par contre, pour Ezéchiel, chaque Chérubin possède les quatre faces et correspondrait donc à l'ensemble des faces du tétraèdre.
En fait Ezéchiel, très répétitif dans ses affirmations, n'a pas pu se tromper. Les Chérubins selon S. Jean doivent donc bien, eux aussi, avoir quatre faces mais, peut-être, l'Evangéliste n'en décrit-il qu'une parce que les autres sont masquées ; de même si on regarde une face du tétraèdre, on ne voit pas les autres.
Si tous les Chérubins possèdent les quatre mêmes faces, en quoi se distinguent-ils les uns des autres ? En ce qu'ils ne présentent jamais leurs trois faces complémentaires.
C'est-à-dire qu'en permanence la face visible de l'un reflète la personne du Père, unie aux personnes du Fils et du Saint Esprit ; la face visible d'un autre reflète la personne du Fils, unie aux personnes du Père et du Saint Esprit ; la face visible d'un autre reflète la personne du Saint Esprit, unie aux personnes du Père et du Fils ; la face visible d'un autre reflète Dieu en trois personnes.
Le fait que chaque Chérubin présente toujours la même face semble corroboré par la description d'Ezéchiel : «Chacun marchait droit devant soi, ils allaient où l'esprit les poussait à aller et ils ne se tournaient point dans leur marche.» (1, 12)
.Chez S. Jean comme chez Ezéchiel, les Chérubins et les Trônes sont associés. S. Jean voit ces derniers assis sur vingt-quatre sièges autour du trône de Dieu et réglant leur mouvement sur celui des Chérubins. (Ap 4, 4) Mais, sans doute, les Trônes sont-ils aussi symbolisés par des roues.
En effet, Ezéchiel décrit une roue auprès de chacun des Chérubins dont il dit que : «leur esprit était dans les roues.» (1, 20) Il a plusieurs fois la vision de cet ensemble Chérubins-roues qui environne le trône divin, par exemple lorsque la gloire du Seigneur quitte Jérusalem : «les Chérubins déployèrent leurs ailes et les roues se mirent en mouvement en même temps qu'eux et la gloire du Dieu d'Israël était sur eux, en haut.» (11, 22) Daniel a, lui aussi (7, 9), vu des Trônes et des roues flamboyantes.
On peut supposer, puisque chacun des quatre Chérubins a une roue prés de lui, que celle-ci porte six Trônes qui symbolisent les six permutations dans lesquelles le Chérubin concerné occupe la première place. Par exemple, en désignant par 1, 2, 3, 4 les Chérubins, les six permutations dans lesquelles le numéro 1 est en tête s'écrivent :
(1, 2, 3, 4) (1, 2, 4, 3) (1, 3, 4, 2) (1, 3, 2, 4) (1, 4, 2, 3) (1, 4, 3, 2)
Et ces roues tournent puisque «on les appelait tourbillon.» (Ez 10, 13), peut-être pour signifier la rapidité des permutations.
Il est probable que les membres des deuxième et troisième hiérarchies contemplent Dieu à travers la première hiérarchie. En effet, selon Ezéchiel, (10, 12) : «Tout le corps des Chérubins, leur dos, leurs mains étaient remplis d'yeux, aussi bien que les roues tout autour, les quatre roues.» Or les yeux, dans l'Ecriture, symbolisent souvent le regard de l'ange sur Dieu, comme aussi le regard de Dieu à travers l'ange.
Les anges agissent comme causes secondes dans la terre biblique, et les modalités de leurs mouvements sont conditionnées par la structure initiale de l'univers.
«Le ciel et la terre» de la Genèse (1, 1) sont deux ensembles traditionnellement superposés, ils ne sont pas disjoints, séparés, ils ont donc une intersection, une frontière commune.
Telle est l'origine de ce que la Bible nomme l'abîme : il s'agit de la partie de l'ensemble inférieur qui se trouve sous l'intersection et qui étymologiquement, en tant que lieu inférieur, est aussi nommée enfer.
L'existence de l'abîme ressort du verset 2 du premier chapitre de la Genèse : «Il y avait des ténèbres à la surface de l'abîme.»
L'univers originel est ainsi un ensemble comportant trois sous-ensembles créés simultanément : sa partie supérieure, sa partie inférieure et leur intersection.
Dans cette construction, l'intersection est «la terre» biblique, l'étage intermédiaire d'où Jésus est «descendu aux enfers» puis «monté au ciel» et qui pourrait être visualisé par l'intersection de deux sphères.
Mathématiquement, une intersection constitue elle-même un ensemble : l'ensemble d'éléments appartenant à la fois aux deux ensembles dont elle est la frontière commune. Elle doit comprendre au moins un élément de chacun de ces deux ensembles.
Si les éléments de l'ensemble supérieur, les anges, sont extrêmement nombreux par contre, à l'origine, l'ensemble inférieur contient un seul élément : la matière primordiale «informe et vide» dont la partie supérieure dite «les eaux» sera formée par l'action angélique. Le texte biblique décrit cette situation initiale : «Il y avait des ténèbres à la surface de l'abîme et l'esprit de Dieu se mouvait sur le dessus des eaux.» (Gn 1, 2)
Dans l'abîme, dit enfer, on met parfois, pêle-mêle, les limbes où se trouveraient les enfants morts non-baptisés ; le lieu dit «Sein d'Abraham» où attendirent jadis les Justes avant leur délivrance par Jésus-Christ dont le Credo rappelle la descente «aux enfers» ; et le Purgatoire. Mais, le plus souvent, par enfer on entend le séjour des damnés. Toutes ces populations ne pouvant pas être mélangées, il doit y avoir des niveaux dans les lieux inférieurs. C'est pourquoi on parle souvent «des enfers».
L'enfer existerait même s'il n'y avait pas de damnés. Il s'agit probablement de l'état négatif de l'univers tombant dans le passé où ses éléments décroissent indéfiniment.
Peut-être est-ce l'explication du feu de l'enfer, mort éternelle, qui brûle les corps des damnés en les réduisant infiniment sans les consumer. Ainsi, Ste Thérèse D'Avila avait eu la vision de la place qui lui était réservée en enfer si elle trépassait en état de péché mortel : elle se trouvait enfermée dans une cellule dont les murs se refermaient éternellement sur elle.
On vient de le voir, les anges sont nécessairement présents dans l'intersection, donc sur terre, alors que font-ils et comment ?
Les anges font la volonté de Dieu. La volonté de Dieu est prioritairement d'incarner le Fils. L'Incarnation nécessite l'existence préalable d'un réceptacle. Le réceptacle du corps du Christ est la Vierge Marie, elle-même terme d'une longue évolution de l'univers visible, selon ce que des cosmologues ont appelé le Principe Anthropique. En effet, d'après eux, si les constantes de l'univers avaient été si peu que ce soit différentes, l'homme n'aurait pas pu apparaître. Ils en concluent que l'univers aurait évolué en vue de l'apparition de l'homme -sa cause finale-d'un homme précisera-t-on ici : le Christ, dans le sein de sa Mère.
Comment les anges ont-ils assuré l'évolution de l'univers depuis la «terre informe et vide» de la Genèse, le continuum primordial, jusqu'au corps du Christ ? Et d'abord, descendent-ils tous du ciel pour agir dans l'intersection ?
Selon les données bibliques, les anges vont et viennent entre le ciel et la terre, comme l'a vu en songe Jacob : «Une échelle était dressée sur la terre et son sommet touchait au ciel. Et voici, les anges de Dieu montaient et descendaient par cette échelle. Et voici, l'Eternel se tenait au dessus d'elle.» (Gn 28, 12-13). Jésus confirme ces allées et venues : «En vérité, en vérité, vous verrez désormais le ciel ouvert et les anges de Dieu montant et descendant sur le Fils de l'homme.» (Jn 1, 51)
Assurément, tous les anges, en tant que futurs réceptacles du Fils principe ad extra, puisque telle est ici leur définition, devaient coopérer à l'Incarnation qui sans eux ne pouvait pas se réaliser.
Selon le Jésuite et théologien espagnol Suarez, Dieu aurait montré, dans le futur, aux anges qu'il venait de créer, le Verbe incarné et leur aurait demandé de l'adorer. Lucifer et un tiers des anges (Ap 12, 4) auraient, par orgueil, refusé de s'abaisser ainsi devant une créature humaine, fût-elle le Fils de Dieu.
Dans son Apocalypse (passim) S. Jean raconte comment Michel et ses anges chassèrent Lucifer et sa troupe du ciel, en les précipitant sur terre, ensuite dans l'abîme et plus précisément dans l'enfer, «l'étang de feu et de soufre» où «ils seront tourmentés jour et nuit, aux siècles des siècles.» Pour l'instant, les mauvais anges ont encore le pouvoir de remonter de l'abîme, afin de s'opposer à la volonté de Dieu en tentant l'homme pour qu'il se détourne du Verbe incarné.
Les anges furent donc encore très nombreux, les deux tiers de l'effectif initial, à passer par l'intersection pour l'organiser de façon à ce qu'elle puisse constituer le corps du Christ. Ils ont ainsi manipulé la «terre» biblique pour créer la chaîne d'événements qui va de la création du monde à la conception de Jésus, et assureront la permanence de l'univers actuel jusqu'au retour du Christ, à la fin des temps.
Pour savoir comment l'ange forme la terre dite «informe et vide» par la Genèse, on partira de l'état initial de l'univers décrit par la physique moderne. Il s'agit de «l'atome primitif» -singularité cosmique ainsi nommée par l'Abbé Lemaître- dont l'explosion, le big-bang, aurait créé l'univers actuel.
On pense généralement que cette singularité était de nature exclusivement photonique, peut-être même s'agissait-il d'un seul photon d'une densité d'énergie infinie. Le Livre de la Genèse devrait donc faire état de la création au premier jour d'un univers exclusivement photonique, ce qui est effectivement le cas. «Dieu dit : Que la lumière soit. Et la lumière fut.ce fut le premier jour.» (Gn 3, 5). Or la lumière est composée de photons. C'est donc bien un univers de lumière porteur, comme «l'atome primitif», de tous les photons du monde, qui fut, selon l'Ecriture, créé le premier jour.
Ce rapprochement entre le photon de la Genèse et celui du big-bang n'est pas suspect de concordisme puisque, dans les deux cas, il s'agit bien de la même particule. Mais quel rapport y-a-t-il entre le Fiat lux et le big-bang ?
Il ne faut pas confondre la création de l'univers de photons et son explosion qui sont nécessairement deux événements successifs or, dans les six jours bibliques qui suivirent sa création, aucune dégradation de cet univers n'est relatée. Au contraire, Dieu constata «que tout ce qu'Il avait fait était vraiment une très bonne chose.» (Gn 1, 31)
Donc, aussi incroyable que cela puisse apparaître, le big-bang aurait résonné après le septième jour de la création.
Dans cette hypothèse, Adam et Eve, qui avaient été créés le sixième jour, auraient alors vécu dans l'univers photonique, ce qui expliquerait leur immortalité primitive, car ils auraient été faits de photons et le photon, en tant que tel, ne peut pas mourir comme en témoigne la lumière venue des étoiles après un voyage de plusieurs milliards d'années. De même, toutes les créatures auraient alors été à l'état photonique.
La perte de cette immortalité est une conséquence de la faute originelle. Celle-ci, peut-être le partage d'un photon de haute énergie en matière et antimatière, amorcera la transformation de l'univers photonique en un univers matériel dans lequel «la terre sera maudite» (Gn 3, 17) et l'homme périssable. Tiré de la poussière, il «retournera en poussière» (Gn 3, 19) sans pouvoir revenir au passé, dans le jardin de photons dont «des Chérubins armés d'épées flamboyantes» (Gn 3, 24) lui interdisent l'accès.
Le grand bruit -le big-bang-de l'explosion photonique retentit encore faiblement dans tout l'univers actuel, sous forme d'un murmure fossile : le rayonnement thermique cosmologique, souvenir lointain du funeste péché.
Ainsi retrouve-t-on bien, dans la Genèse, après le septième jour, le récit d'une dégradation de la terre causée par le péché originel. S. Paul étend la dégradation à «la création tout entière» (Rom 8, 22), même s'il n'en attribue pas nommément la raison au péché originel.
Bien que logique, cette interprétation particulièrement novatrice de la cause du big-bang ne sera pas développée davantage ici, car il serait difficile d'en faire, pour l'instant, admettre le bien-fondé.
En revanche, il est indéniable qu'un univers photonique a été créé le premier et s'est désintégré en un couple d'univers : l'un fait de matière et l'autre d'antimatière (actuellement inobservable pour des raisons encore incertaines, parmi lesquelles la chute de l'antimatière dans le passé ne semble pas avoir été envisagée).
La physique constate le fait sans proposer d'explication, car ses lois ne s'appliqueraient pas avant le big-bang puisque l'espace-temps qu'elles décrivent aurait été créé 10-43 seconde après lui.
Selon L'Ecriture, un peu plus explicite, la lumière n'est pas créée ex nihilo, mais à partir de la terre primordiale «informe et vide». On connaît quelques éléments du processus : il se déroule dans l'intersection où il semble en rapport avec le va-et-vient angélique, ce qui impliquerait sa discontinuité, il a d'abord eu comme résultat la création d'innombrables éléments, les photons, tous identiques, comme pourraient l'être les empreintes d'un même sceau.
Si la science ne sait pas, et aussi ne veut pas savoir -le sujet étant pour elle d'ordre métaphysique-comment le photon a été créé, du moins fournit-elle de précieuses indications sur ses caractéristiques physiques.
Particule fondamentale, le photon est le quantum du champ électromagnétique. Plus simplement, il est le vecteur de l'énergie dont il transporte des quantités variables. Il apparaît constamment en mouvement à la vitesse dite de la lumière.
Et surtout, le photon peut, comme l'univers primordial, se désintégrer en couples de matière et d'antimatière. En se fondant sur cette faculté, on tentera de déterminer sa nature et de vérifier si celle-ci coïncide avec celle d'une empreinte angélique dans la matière.
Selon la quantité d'énergie dont il est porteur, le photon peut se désintégrer en trois couples distincts de matière et antimatière : soit en un électron et un positon, soit en un muon et un antimuon, soit en un tau et un antitau. Le muon est un gros électron et le tau un électron encore plus gros, cet adjectif trivial ne désignant pas leurs tailles mais leurs masses.
Le positon, l'antimuon et l'antitau sont les antiparticules de l'électron, du muon et du tau dont ils se distinguent parce qu'ils tournent en sens inverse. Si la particule rencontre son antiparticule leurs rotations inverses se neutralisent, et elles s'annihilent pour reconstituer un photon. En fait, elles se comportent comme s'il s'agissait d'un même élément. Par exemple, un électron qui inverse son sens de rotation devient un positon.
La rotation a ici une signification temporelle. Ainsi a-t-on pu dire qu'un positon était un électron qui remontait le cours du temps, le phénomène étant évidemment en rapport avec l'inversion de son sens de rotation.
Le positon va donc du présent vers le passé et, inversement, l'électron va du présent vers le futur, lorsqu'ils se rencontrent, leurs rotations vers le futur et le passé se neutralisent pour créer une charge de présent, celle du photon. En somme tout se passe comme si l'électron portait une charge de futur, le positon ; une charge de passé, et le photon une charge de présent. L'élément constitutif de l'univers serait alors le temps.
On retrouve cette temporalité à l'échelle de l'univers que les astrophysiciens comparent actuellement à une hypersphère gonflée par le temps. Dans ce schéma, le passé est à l'intérieur de l'hypersphère -l'abîme biblique ?-le futur est à l'extérieur et le présent à la surface. On peut affiner l'analyse, dans le sillage de la physique quantique, en supposant que l'expansion de l'hypersphère est discontinue.
Dans une étude intitulée : «Pour une logique de l'univers élémentaire» on a essayé de montrer que les constituants ultimes de la matière étaient trois particules élémentaires porteuses chacune d'une charge dite de couleur assimilable à une charge de temps, c'est à dire de présent de passé ou de futur.
Sans s'étendre ici sur une théorie assez complexe, on retiendra seulement que le photon reproduirait la circumincession, car il serait ainsi la résultante des trois charges de couleur qui siègeraient en lui, chacune dans chacune des deux autres. S'il est exact, ce fait suffit à prouver que le photon est une image trinitaire, la première gravée dans le continuum primordial lors de la création du monde.
Créé par l'ange, le photon tient nécessairement de lui sa nature temporelle. Mais pourquoi l'ange est-il vecteur de temps ? Pourquoi cette primauté du temps dans la création ? Parce que, on va le voir, le temps c'est la vie.
L'ange contemple et reflète Le Dieu trinitaire, or celui-ci s'est lui-même défini dans l'Exode (3, 14-15) par rapport au temps : JE SUIS CELUI QUI SUIS. CELUI QUI S'APPELLE JE SUIS L'ETERNEL.Voilà mon nom pour l'éternité, voilà mon nom de génération en génération.»
Cette définition de Dieu est plus extensive chez S.Jean qui, dans l'Apocalypse, parle : «de la part de CELUI QUI EST, QUI ETAIT ET QUI SERA.» (1, 4) Formule plusieurs fois reprise dans le même texte, par exemple : «Je suis l'alpha et l'oméga, dit le Seigneur Dieu, CELUI QUI EST, QUI ETAIT ET QUI SERA, le Tout-Puissant.» (1, 11) A la notion de présent s'ajoute ici celle de passé et de futur.
Dieu a fait le monde à son image, il l'a donc créé temporel. Il lui a ainsi communiqué l'ETRE, c'est-à-dire l'existence, la réalité, la vie, et bien plus en la Personne de son Fils incarné.
En effet, cause finale de la création, l'Incarnation, sous une autre forme que celle qu'on connaît, aurait pu se borner à donner à l'homme la vie surnaturelle qu'il a connue au Paradis Terrestre mais, suite au péché originel -Felix culpa, heureuse faute, chante l'Eglise dans l'Exultet du Samedi-Saint-elle lui a proposé la Vie Eternelle : la vie même de Dieu, qui de tout mal sait tirer un plus grand bien.
Les anges, causes secondes, sont envoyés pour inscrire dans la matière primordiale les trois éléments temporels, de présent de passé, de futur, et les combiner afin de constituent le corps du Christ.
Cette mission, l'Ecriture l'attribue plus particulièrement au premier chœur de la première hiérarchie. En effet, Zacharie et S.Jean, déjà cités, évoquent respectivement les sept yeux de l'Eternel qui parcourent toute la terre et les sept esprits de Dieu envoyés par toute la terre. L'Eternel des armées -les armées des anges-parle Lui-même ainsi : «Je vais faire apparaître mon serviteur Germe. Car voici : pour ce qui est de la pierre que j'ai placée devant le grand prêtre Jéhosuah, sur cette pierre, qui n'est qu'une, il y a sept yeux. Voici, je m'en vais graver moi-même ce qui doit y être gravé, et en un seul jour, j'enlèverai l'iniquité de ce pays.» (Zach 3, 9)
De ce texte et d'autres voisins (Es 4, 2) (Jér 23, 5 ; 33, 15) il ressort que Germe est le Christ et que l'Eternel, par l'intermédiaire des Séraphins agissant comme causes secondes, le fera apparaître dans la matière. L'ensemble des anges fidèles concourt, on l'a vu, à cette opération qu'on tente maintenant de décrire à son niveau élémentaire en considérant le mouvement d'un seul ange.
Un nom, aevum, a été donné au temps angélique, sans doute pour scander les allées et venues des anges, entre ciel et terre, décrites par Jacob et au cours desquelles ceux-ci quittent le ciel pour pénétrer dans l'intersection décrite plus haut, puis revenir à leur point de départ et ainsi de suite. Alors comment s'effectuent ces opérations et quelles en sont les conséquences ?
L'invisibilité de l'ange est une de ses caractéristiques, car la matière voit la matière et non l'esprit. En revanche, par l'intermédiaire de l'œil humain et de ses prolongements instrumentaux, les déformations du continuum primordial par l'ange sont observables puisqu'elles constituent la matière de l'univers visible.
Il est difficile de se représenter ce continuum : la terre informe et vide. Il ne s'agit évidemment pas de la terre élément solide, mais d'un continuum déformable, dit : «les eaux» dans le premier chapitre de la Genèse et par rapport auquel, inversement, l'ange aurait une forme et une plénitude.
Les déformations du continuum par l'ange peuvent être, très approximativement, visualisées par l'image d'Einstein pour qui l'univers était «un champ en bosses et en creux».
Lorsque l'ange, dans son trajet ciel-terre, quitte le ciel, il déforme localement la face supérieure de l'intersection, déjà décrite, qui s'élève pour prendre la place qu'il vient d'abandonner. Ainsi se forme une bosse einsteinienne de continuum.
Le creux symétrique inverse est créé par la présence de l'ange à l'intérieur de l'intersection. La quantité de continuum dont il prend ainsi la place est égale à celle de la bosse.
Lorsque l'ange quitte le continuum pour regagner sa place dans le ciel, il provoque deux phénomènes :
1-Il laisse dans le continuum une absence de lui-même, un vide, une lacune qui se referme sous la pression du continuum environnant.
2-. A son retour dans le ciel, .il expulse le continuum qui avait pris sa place. La bosse disparaît donc pour reparaître et disparaître alternativement tant que se poursuivent les allers et retours angéliques. Il en va de même pour le creux symétrique.
La bosse et le creux du continuum symbolisent une particule et une antiparticule dont l'existence est discontinue puisque fonction des allers et retours angéliques, si ceux-ci s'interrompaient, le continuum reprendrait son état indifférencié. Ainsi s'expliquerait le discontinu de la physique quantique et l'existence de la matière et de l'antimatière.
Dans ce schéma un photon, issu de l'union d'une particule et de l'antiparticule correspondante, serait représenté par l'union d'une bosse et du creux correspondant.
Il serait aléatoire de vouloir entrer dans le détail de l'action des sept Séraphins et des autres anges. La cosmogonie sumérienne aurait-elle voulu la symboliser avec les sept étages de sa ziggourrat dressés dans le ciel et auxquels correspondent, de façon symétrique inverse, les sept cercles concentriques au fond de l'abîme ?
L'Incarnation a créé l'univers invisible et l'univers visible pour qu'ils accueillent respectivement l'âme et le corps du Christ qui récapitule toute la création.
L'Incarnation a été rendue possible par le Fiat de Marie et l'action des Bons Anges qui ont organisé le monde visible de façon à ce qu'il puisse recevoir le corps du Christ.
On a voulu montrer que le sceau angélique, invisible, forme la terre informe, et que son existence peut être indirectement détectée à partir de l'empreinte qu'il y laisse.
Ici s'achève la réflexion entamée dans «Foi et Science» (www.mundicreator.com) et qui porte essentiellement sur les modalités de l'Incarnation-créatrice. A l'issue de cette démarche, une bouleversante constatation s'impose.
L'Incarnation était décidée de toute éternité car Dieu, immuable, ne change pas d'avis. Dans son infinie bonté Il a, fait inouï, choisi de créer parmi tous les mondes possibles, qu'Il connaissait, celui où Il souffrait le plus, jusqu'à mourir, pour communiquer sa béatitude éternelle au plus grand nombre d'Elus. Ceux qui ne bénéficieront pas de sa crucifiante oblation seront, comme aussi les Mauvais Anges, les hommes qui ne l'auront pas voulu et ne le voudraient jamais.
On le sait : «Dieu est amour» (1 Jn 4, 8), mais on reste confondu devant la tragique démonstration de cette vérité par l'exorbitant sacrifice offert par le Christ.